A Caribbean memory / Un souvenir de la Caraïbe

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Fort-de-France, Martinique – A stiff wind blew in over Martinique the other night, first under clear skies, then under clouds that zipped by so fast they didn’t have time to rain. It wasn’t the kind of wind that ebbs and flows in gusts. It was constant like a fan turned on high blowing right at you.

The awnings of our fourth-floor apartment in Fort-de-France creaked and groaned as they fought off the assault. I was nervous they might come loose. But I checked the bars and screws and satisfied myself that all was secure, that the hatches were battened down, as it were.  Maybe it was that last nautical metaphor that triggered my memory.

I sat back down on the balcony and stared across the harbor, watching the palm trees bend and the lights flicker. For some reason, I was still uneasy. A few minutes passed before I realized the wind had rustled up a distant and troubling memory. Its tagline was in the form of a question. Knowing that the memory wasn’t going to let go of me until I reflected on it, I gave it life by asking myself the question out loud:

“Is the anchor going to hold?”

(See French translation below / Voir la traduction en français ci-dessous)

On that night long ago etched into my memory by a similar wind, we were on my father’s sailboat headed south on the Bahama Flats. I was 15 years old. We didn’t get to wherever we were going by nightfall, so we had to anchor in open water. Never a good idea, particularly if the weather is bad, but at that point there was no choice. We found a navigational buoy and threw the anchor down there so we could use the buoy as a reference point in case the anchor dragged.

The flats go for hundreds of kilometers, they seem like an open sea but with a depth of only about 10 feet of water. They are just one of many meccas in the Caribbean for sailors from around the globe, among them some of the most interesting dreamers – like my father, on his good days – you’ll ever meet. Just recently, for example, I met a French couple named Titou and Cathy Bourdin at a local jazz club where Titou sat in on piano. At the end of the night I drove them back to the harbor where they lived on their 30-foot sailboat, having just sailed up the South American coast from Uruguay. Titou invited me aboard and proudly pulled out a full-size piano that he had somehow rigged under the table in the galley. He showed me his press kit and explained that he goes out looking for piano gigs in every port.

Titou and Cathy reminded me of my father because, like thousands of others in the Caribbean, they are living the insouciant sailing life he so desperately wanted but didn’t live long enough to see.  The Bahamas trip would be his last.

On that night on the flats, I slept in the cockpit under the stars, my job was to watch that we didn’t drift away from the buoy, a sign that the anchor was dragging.  I might even have volunteered for the assignment, because I found the howling wind mesmerizing. However, the high seas and the shifting currents changed the position of the boat in relation to the buoy, so, squinting through the darkness, it was hard for me to tell whether or not we had moved further away from it.

At some point during the night my father came up wearily from the forward cabin. The atmosphere was tense because he was a nervous captain, and he was a man who couldn’t be nervous without being angry.  In better times he used to joke that one day he would have a nervous breakdown and sail around the world. He succeeded at the first but not the second.  By the time of our Bahamas trip he was fighting a double battle against cancer as well as his long-time nemesis, a kind of impatient melancholy that I suppose today would be diagnosed as depression.

A few minutes of terrified hustle and bustle followed as he barked his orders to me and my brother. The boat bucked from side to side and the spray made the deck treacherous. We were frightened someone might go overboard into the darkness, but we were eventually able to ease my father’s concerns and confirm that the anchor was holding.

The next morning we sailed off to our next port and a few days later docked at a small island and stayed a night at a hotel. In the middle of the night, my brother awakened to find me by the window, sleepwalking and babbling. He said he couldn’t get me away from the window. I kept staring out and insisting to him that the anchor wasn’t holding.

More than 40 years later, nothing more than a strong wind sweeps across my balcony one night and I am consumed by this memory, troubling still, except for the sheer reverie I remember feeling then, and still feel now, for the beauty and bluster of nature’s gale. It was so cold that night on the Bahama Flats that I couldn’t sleep, I had trouble enough keeping whatever paltry blanket I had to cover me from flying away. But I also remember staring at the black night and marveling at the wind even as it chilled me to the bone.

And now on my terrace all these years later, similarly chilled, listening to the awnings groan and watching the palm trees bend, I feel that same sense of wonder. It balances out the darker memories whipped up by the same wind.

Titou Bourdin at the piano on his sailboat

Titou Bourdin at the piano on his sailboat

Un Souvenir de la Caraïbe

[Translated by Pascale Marie-Luce]

Fort-de-France, Martinique – Un vent furieux soufflait sur la Martinique l’autre nuit. D’abord sous un ciel clair, puis sous un ciel chargé de nuages filant tellement vite qu’ils n’avaient pas le temps de déverser leur pluie. Ce n’était pas le genre de vent qui souffle ici et là, en rafales, mais plutôt un vent soutenu, tel un ventilateur réglé sur  la vitesse maximum soufflant directement sur vous.

Les stores de notre appartement de Fort-de-France, situé au 3ème étage,  grinçaient et gémissaient dans leur lutte contre ces assauts. J’étais un peu nerveux car je craignais qu’ils ne se décrochent. J’ai donc effectué une check-list : sécuriser les barres, resserrer les boulons, fermer les écoutilles. C’est sans doute cette dernière métaphore nautique qui titilla ma mémoire.

Je retournai m’asseoir à la terrasse et par-dessus le balcon, regardai la baie, les palmiers se courber et les lumières vaciller. Pour je ne sais quelle raison, j’étais toujours mal à l’aise. Quelques minutes passèrent avant que je ne réalise que le vent avait fait surgir un souvenir distant et troublant dont le leitmotiv se présentait sous forme de question. Je savais que le souvenir ne cesserait de me hanter tant que je ne l’aurais pas analysé. Je l’invoquai donc en me posant la fameuse question à haute voix :

« L’ancre va-t-elle tenir bon ? »

Cette nuit-là, gravée dans ma mémoire par un vent similaire il y a fort longtemps, nous étions sur le voilier de mon père, en route pour le sud, dans les Flats des Bahamas. J’avais 15 ans. Nous n’avions pu parvenir avant la tombée de la nuit à la destination prévue et nous avions donc dû jeter l’ancre en eau libre. Ce n’est jamais une bonne idée, surtout par mauvais temps, mais à ce stade nous n’avions pas le choix. Nous avons donc trouvé une bouée de navigation et jeté l’ancre à côté d’elle afin de l’utiliser comme point de référence au cas où l’ancre déraperait.

Les Flats s’étirent sur des centaines de kilomètres. Ils donnent l’impression d’être en haute mer, mais ne font qu’environ 10 pieds de profondeur. Ils ne sont qu’une des nombreuses Mecque dans la Caraïbe pour les marins du monde entier, parmi lesquels se trouvent certains des rêveurs les plus intéressants (comme mon père dans ses bons jours) que vous ne puissiez jamais rencontrer. Récemment par exemple, j’ai rencontré un couple français, Titou et Cathy BOURDIN, dans un club de jazz local où Titou jouait du piano. A la fin de la soirée, je les ai conduits au port où ils vivaient sur leur voilier de 36 pieds. Ils arrivaient juste d’Uruguay après avoir remonté la côte sud américaine. Titou m’a invité à bord et a fièrement sorti un piano qu’il avait réussi à insérer astucieusement sous la table du carré. Il m’a montré son dossier de presse et expliqué qu’il partait à la recherche de lieux pour jouer du piano dans chaque port où il passait.

Titou et Cathy m’ont fait penser à mon père car, comme des milliers d’autres dans la Caraïbe, ils vivent la vie insouciante de navigateur qu’il souhaitait si désespérément mais  n’a pas vécu suffisamment longtemps pour avoir. Le voyage aux Bahamas fut son dernier voyage.

Cette nuit-là, dans les Flats, j’ai dormi dans le cockpit, sous les étoiles. Mon travail consistait à veiller à ce que nous ne nous éloignions pas de la bouée, ce qui aurait indiqué que l’ancre dérivait. Je m’étais peut-être même porté volontaire pour cette mission car je trouvais les hurlements du vent envoûtants.  Mais, la haute mer et l’évolution des courants changèrent la position du bateau par rapport à la bouée et j’avais beau plisser les yeux pour essayer de voir à travers l’obscurité, il m’était difficile de dire si nous nous en étions encore éloignés.

A un certain moment, mon père, lessivé, sorti de la cabine avant. L’atmosphère était tendue car il était un capitaine nerveux et c’était un homme qui ne pouvait être nerveux sans être en colère. A une époque plus heureuse, il aimait plaisanter sur le fait qu’un jour il ferait une dépression nerveuse et naviguerait autour du monde. Il réussit à faire le premier, mais pas le second. Au moment de notre voyage aux Bahamas, il menait déjà une bataille contre un double ennemi : le cancer et son Némésis de longue date, une sorte de mélancolie impatiente qui de nos jours aurait, je suppose, été diagnostiquée comme une dépression.

Quelques minutes d’agitation terrifiée suivirent alors qu’il aboyait ses ordres à mon frère et à moi. Le bateau roulait d’un côté puis de l’autre et les embruns rendaient le pont glissant. Nous avions peur que l’un d’entre nous ne tombe par-dessus-bord dans l’obscurité, mais nous avons finalement pu rassurer mon père et confirmer que l’ancre tenait bon.

Le lendemain matin, nous avons repris la mer et navigué vers notre prochaine destination. Quelques jours plus tard, nous avons accosté sur une petite île et avons passé la nuit dans un hôtel.  Au milieu de la nuit, mon frère s’est réveillé et m’a trouvé à la fenêtre, marchant dans mon sommeil et balbutiant. Il raconte qu’il ne pouvait pas me faire m’éloigner de la fenêtre. Je regarderais sans cesse à l’extérieur, lui disant avec insistance que l’ancre ne tenait pas.

Plus de 40 ans après, il ne faut pas plus qu’un vent fort balayant ma terrasse en pleine nuit pour que je sois submergé par ce souvenir, toujours inquiétant, à l’exception du pur sentiment de rêverie que je me souviens avoir ressenti et que je ressens encore aujourd’hui face à la beauté et au déchaînement des coups de vent de la nature. Il faisait si froid cette nuit-là dans les Flats des Bahamas que je ne pouvais pas dormir ; j’avais déjà assez de mal à empêcher la pitoyable couverture qui me couvrait de s’envoler. Mais je me souviens que je regardais dans la profondeur de la nuit noire et que je m’émerveillais devant le vent alors même qu’il me glaçait jusqu’aux os.

Et aujourd’hui sur ma terrasse, toutes ces années après, tout aussi glacé, écoutant les grognements des stores et regardant les arbres se pencher, je ressens ce même émerveillement. Il contrebalance les souvenirs plus sombres éveillés par ce même vent.

Titou and Cathy Bourdin aboard their sailboat in the Caribbean.

Titou and Cathy Bourdin aboard their sailboat in the Caribbean.

 

 

 

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